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Images de guerre

2008-03-01 Tetes militaires

Vendredi j’ai vu Redacted au cinéma. D’une très grande intelligence, ce film est simple et facile d’accès. Brian De Palma multiplie les points de vue en passant d’une caméra à l’autre. Il additionne les différents types d’images que l’on peut rencontrer ici et là : le camescope numérique d’un jeune militaire américain, le reportage européen sur un point de barrage filtré (checkpoint), la « vigilance » des caméras estampillées Press lors d’une manœuvre, les images des journaux télévisés iraquiens, les vidéos en streaming sur internet, la webcam de la famille américaine inquiète.

Pièce par pièce, un film se construit. Pièce par pièce, une guerre se construit dans l’esprit du spectateur. Je pense que c’est là le propos : la guerre, les grandes décisions nationales etc., ne restent qu’à l’état d’approximations irréelles que les grands décideurs confisquent au peuple (confiscation du droit de regard, du droit d’information, du droit de critique, d’évaluation, etc.) et que nous leur laissons gérer. Il s’agit de libération, de maintien de la démocratie, de manœuvres, de raids, de barrages filtrés – et de dommages collatéraux. En réalité il s’agit de jeunes gens (soldats) qui vivent sous une très forte pression, entre ennui et peur permanente. En face, des populations comme prises en otage, régulièrement fouillées, arrêtées, humiliées, tentent de poursuivre leur quotidien. Une « attaque » réelle, un « dérapage », un « accident », et tout s’emballe. Il s’agit alors de blessés, de morts, de traumatismes, bref de vies brisées et d’immenses souffrances dont aucune vision comptable ou politique ne peut rendre la réalité. Les images de blessés secouèrent l’Amérique pendant la guerre du Viêt Nam. En connaissance de cause certains purent se déclarer contre l’engagement militaire. Concernant l’Iraq, ou l’Afghanistan, point de telles images dans les grands médias, et pourtant, les images et les vidéos ne manquent pas. « Pour essayer de trouver des réponses, j’ai lu des blogs de soldats, des livres, j’ai regardé des films amateurs tournés par des soldats en vidéo pendant la guerre, j’ai surfé sur leurs sites, regardé leurs contributions sur YouTube. Tout y était et tout était en vidéo » (Brian de Palma, source : Allociné). Ce qui est fou, c’est que parfois un film (une fiction) apporte plus de réalité aux choses que tout ce que l’on peut savoir (ou avoir vu) par ailleurs.

A force de discours politiciens, on en vient à méconnaître ce qu’est une guerre. Tout engagement militaire est minimisé parce qu’on ne veut plus savoir ces choses-là et que l’on externalise tout. Après tout, il y a des gens qui choisissent sciemment ces dangereuses professions.

Le lundi précédent, je suis allée voir Cloverfield au cinéma, un bon film catastrophe à l’américaine efficacité, tourné lui aussi en caméra subjective (attention aux nausées). On ne saura rien de cette monstrueuse bête qui ravage Manhattan et bouffe du New Yorkais en apéritif mais on sera bien content quand l’armée intervient pour tenter de l’anéantir. L’externalisation, ça nous rassure. Je ne vais pas avoir à affronter Godzilla et ses araignées géantes, pensée qui m’est absolument insupportable. Ce n’est pas un hasard si l’on mise sur l’armée en période d’inquiétude. Le prix à payer est une certaine amnésie et un bandeau sur les yeux : certaines peurs sont tellement grandes (« terrorisme », « civilisation », « délinquance », « incivilité » etc.) que l’on préfère s’abriter derrière d’officiels processus. Je me suis vraiment surprise à penser, en voyant les premiers chars débouler sur Manhattan : « ouf, heureusement parfois qu’il y a une armée ». Bref, un bon vieux sentiment de gratitude.

En sortant de Redacted j’ai repensé à Cloverfield. Nous ne devrions jamais nous laver les mains des intermédiaires que nous mettons en place pour suppléer à nos peurs indomptables. S’informer, écouter, voir les témoignages des différentes parties (soldats y compris) permettent de maintenir un pied dans la réalité des personnes directement concernées. Cette réalité est d’autant plus actuelle qu’il s’agit ces jours-ci de renforcer la « présence militaire » française en Afghanistan, sans aucun débat préalable, qui plus est, parmi les chambres représentatives de la population.

Le témoignage est quelque chose d’éminemment important parce qu’il restitue à la population le droit de regard, et qu’il replace la situation dans son vrai contexte (la vie, ben oui, c’est pas très original!). C’est d’ailleurs le sens, à son humble niveau, de La guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert. Ou encore sa série de Le photographe, en partenariat avec Médecins sans frontière. Dans La guerre d’Alan, un ancien vétéran américain de la seconde guerre mondiale confie ses souvenirs militaires à un jeune auteur de bande dessinée ; amitiés, anecdotes, petites choses de la vie. Parce que la vie continue, justement, et tout rupture (blessure, morts, etc.) se mesure à cette aune.

Dessins d’après La Guerre d’Alan, d’Emmanuel Guibert, paru chez l’Association.

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Paris

D’après une photographie de Romain Duris, issue du dernier film de Cédric Klapisch, Paris

2008-02-14 l attente ® DR

Je ne suis pas encore allée voir le film. Je craignais un Paris, je t’aime bis, collection de courts-métrages certes sympathique mais à voir une seule fois. Les réalisateurs ne s’y trompent pas, Paris est une ville très cinématogénique. Seulement voilà, la chose peut devenir lassante, surtout si la qualité, ou l’originalité, ne suit pas.

Pourtant, j’ai beaucoup apprécié dernièrement le regard de Christophe Honoré sur Paris (les Chansons d’amour, Dans Paris). Un regard à mon sens très sincère et généreux : ses personnages habitent réellement leur ville, bien au-delà du décor de cinéma. Il est certain que les belles paroles des chansons du film ajoutent à l’impression.

Vivre, c’est aussi habiter quelque part. Bien que l’on voudrait nous faire croire autre chose en ce moment.

Extrait de la Bastille (les Chansons d’amour, paroles et musique d’Alex Beaupain, bande originale du film)

Il pleut des cordes sur le génie
De la place de la Bastille
Nous marchons sous un ciel gris
Percé par des milliers d’aiguilles

Il pleut des cordes sur le génie
Les nuages trop lourds s’abandonnent
De l’eau pour les gens de Paris
Pour l’ange nu sur la colonne

A l’horizon de nos fenêtres
Plus rien ne bouge, plus rien ne vit
Comme Paris semble disparaître
Dilué dans de l’eau de pluie

Voir plus ici.

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Dessin du 6 janvier (68)

Cadeaux de Noël (2)

2008-01-06 Noel 2

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Dessin du 26 décembre 2007 (57)

Aujourd’hui, j’ai vu XXY au cinéma, un film qui fait le portrait de deux ados qui partagent le même toit le temps d’un court séjour en Uruguay. La jeune Alex a 15 ans et deux sexes, plein de médicaments dans son tiroir, et ça commence sérieusement à la turlupiner. Le garçon a 16 ans et ne comprend pas trop pourquoi ses parents ont posé leurs valises chez les parents d’Alex. XXY n’est ni un film à thèse ni un film documentaire. C’est plutôt un film d’intermède (ben oui, l’adolescence), un peu comme un film de vacances, posé, parfois sauvage et balayé par le vent. Et si cela peut donner envie d’en savoir plus sur l’hermaphrodisme et/ou la sexuation (forcément médicale) de nos petits, c’est plutôt tant mieux.

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