Article Taggé lectures

Capy

Petite dédicace à Luluce !

Capyboppy le Capy

Voilà donc l’un de mes dessins préférés en ce moment, issu du bestseller Jeunesse des années 60 (et toujours un bestseller) : Capyboppy, de Bill Peet. Il est extrêmement rare de trouver des bouquins sur les capybaras (le plus gros rongeur au monde parfois plus connu sous le nom de cabiai, ou l’orthographe capibara). J’en avait récemment acheté un au Salon du livre, encore un livre jeunesse, mais mon capy s’était retrouvé avec des dents de castor et ne semblait pas savoir nager, ce qui est bien peu conforme. C’est une bête finalement peu connue.

Côté articles scientifiques, la pêche n’est pas meilleure, hormis des articles de biologie médicale sur les greffes d’organe. J’avais finalement trouvé plus de choses concernant le castor, dans des domaines très variés (représentations artistiques, ethnologie, jurisprudence, comportement animal).

En revanche, l’originalité un peu “préhistorique” de la bête fait que le capy commencerait presque à devenir vendeur… Depuis 4 ans, j’observe que l’on trouve de plus en plus d’images ou de vidéos de capys (dont une splendide sur youtube : des bébés capys qui traversent une route avec leur mère) et la bête devient même un logo de site ou de produits. Si si. Comme pour le lama, que je suis également activement sur internet.

Bien évidemment cela reste très marginal, mais en matière de web où l’on raisonne davantage en niches, segmentations ultra-spécialisées, etc. , le capybara serait une niche qui a de l’avanir.. ? Faudrait pas que ça s’accélère trop, hein, parce que j’aimerais pas trop que mon animal préféré devienne trop célèbre. Il risquerait de prendre la grosse tête, ce serait facheux.

Commentaires

Ping Pong

Ping Pong logo du manga Cette semaine j’ai lu la série Ping Pong de Taiyou Matsumoto, publiée avec sérieux aux édituions Delcourt : à la fin des cinq volumes des notes illustrent le contexte sportif et la culture japonaise (la bouffe, notamment, ou le système scolaire).

Le récit n’a peut-être pas la même force dramatique que le troublant (et un poil glauque) Amer béton, mais la série, peut-être davantage orientée vers un jeune public, est malgré tout très prenante !

Le dessin, souvent “tremblotant” chez Mastumoto, exprime très bien la gestuelle nerveuse et efficace du ping pong, avec de nombreux points de vue dynamiques (plongée, zoom, etc.).

On voit ici les deux types de prises de raquette :

Tanaka.Service en prise porte-plume
- à gauche la prise orthodoxe (ou “européenne”) : prise la plus courante, elle présente l’avantage de jouer sur les deux faces de la raquette (coup droit, revers), avec donc deux revêtements différents possibles. Convient aux différents styles de jeu possibles, défensif, attaquant ou mélangé. En contrepartie, une balle envoyée sur le ventre sera plus difficile à rattraper (angle-mort).
- à droite la prise dite “porte-plume“, popularisée en Asie (chinoise ou japonaise selon la façon de placer les doigts sur la face arrière). Ici, le jeu, basé sur le coup droit, est plus offensif et mise sur l’extrême rapidité des déplacements. Pas de point mort. Certains y ajoutent la maîtrise du revers, assez spectaculaire.

Placement sur la balle

Le revêtement a aussi son importance, avec ou sans picots, avec ou sans mousse, etc. On trouve un petit panorama très simple et bien expliqué de ces possibilités sur cette page d’un site perso.

Revers top (prise orthodoxe).Prise porte-plume

Revers (prise orthodoxe) - Prise porte-plume japonaise (face revers).

Côté histoire, on est typiquement dans le shonen manga, ces productions destinées aux jeunes adolescents (par opposition aux shojos qui visent les jeunes filles) - et plus précisément dans le nekketsu, manga organisé autour d’un ou plusieurs héros, qui exalte les valeurs de dépassement de soi, le courage, à travers de nombreux combats (sportifs ou autres). Comme le bon vieil Olive et Tom de notre enfance sur le petit écran. Au terme des cinq volumes, je comprends mieux à présent pourquoi la série était rangée sur les rayons Jeunesse… mais malgré les impératifs du genre, dont je dépasse l’âge de cible, je dois dire que la série rend plutôt bien hommage au tennis de table, comme on dit par chez nous, et c’est pas un mal !

Planche complète des dessins, d’après Ping Pong (1 à 5) de Taiyou Matsumoto, éditions Delcourt :

Page complete des dessins

Commentaires

Ma grande guerre (2)

Après une journée passée au Château de Versailles puis à rêver au doux hammeau du Domaine de Marie-Antoinnette, je reprends ma lecture de Gaston Lavy. Les dorures en sont étrangement absentes. A la place, mon soldat dort sur la fange de porcs et sous les patounes des rats coriaces, tandis que les cris des hiboux, par un curieux automatisme, déclenche les rafales de tirs.

D’après Gaston Lavy, Ma grande guerre, Larousse 2004, BDIC.

Ma grande guerre, 2e planche

Ce petit extrait parmi tant d’autres, qui n’aide pas à se défaire de ce que je prenais pour des clichés anti-armée lorsque périodiquement je tente de me raisonner ;-)

“Ce commandant dont toute la fonction sera par la suite de rester à l’arrière ou dans son abri, entièrement désoeuvré, a une véritable cour que nous appelons le petit Etat Major. Onze individus à son service. Qui sont : deux ordonnances dont un pour le cheval, dont d’ailleurs il ne s’est jamais servi car il ignore l’équitation. Un cuisinier, deux aides cuisiniers, un planton, un cycliste, deux secrétaires, un sergent artificier, et un sous officier de cavalerie (…).

“C’est un petit monarque, avec un pouvoir presque absolu sur trois cent et quelques individus, il y a vraiment là de quoi se croire quelqu’un et dans ce cas, pour un homme d’intelligence médiocre, comment prouver sa supériorité si ce n’est par des actes arbitraires et le dedain le plus absolu de “ses hommes”. (p.141)

(En revanche, le socle, “les hommes”, eux, sont comme ailleurs, et plutôt plus volontaires qu’ailleurs vue la grande période de troubles et de péril national et individuel qu’ils traversent). On me confirme à l’oreille que le constat est toujours actuel, et parfaitement dans la logique de recrutement direct des cadres de l’armée.

Commentaires

Ma Grande Guerre

Depuis quelques jours, je lis le bel ouvrage Ma grande guerre, Récit et dessins de Gaston Lavy. Mobilisé comme presque quatre millions d’hommes, ce métreur en bâtiment de 39 ans était en théorie destiné aux travaux et corvées, en arrière des unités d’active. Lui et ses camarades de la Territoriale, donc, en accompliront un grand nombre avant d’être incorporés sur le front de Verdun. Je n’en suis encore qu’au début, mais je remercie les bibliothèques de Paris d’avoir proposé ce témoignage vivant et consciencieux en “vitrine” à l’occasion de la mort du dernier poilu.

Ma grande guerre, 1e planche

L’édition, inédite et splendide, est très respectueuse des trois cahiers originaux de ce poilu qui avait donc lui-même un grand sens de l’édition ! Pendant une vingtaine d’années, il a choisi et repris les dessins, les notes et les photographies qu’il avaient accumulés dans son quotidien de guerre. La mise en page qui en résulte est loin d’être dégueulasse. Mais le récit n’est pas achevé. Des notes rédigées par Audoin-Rouzeau documentent le volume, ainsi qu’une postface, pas inutile lorsque l’on a oublié ses vieilles leçons d’histoire.

Ce qui est amusant, c’est de penser que ces trois cahiers manuscrits ont été trouvés dans une petite librairie du quartier latin, par une conservatrice du musée d’histoire contemporaine. Visiblement, la chose n’était pas rare dans les années 1980, mais tout de même ! Le musée d’histoire contemporaine - Bibliothèque de documentation Internationale contemporaine (BDIC) a d’ailleurs une histoire très liée à la guerre (plutôt la seconde)… Bref, on peut franchement féliciter le travail de tous ces gens-là (surtout en période de pont du 8 mai!)

=> Gaston Lavy, Ma grande guerre, Larousse 2004, BDIC.

Commentaires

L’eau

2008-04-03 L\'eau

Commentaires

L’immeuble d’en face

D’après L’immeuble dans face, de Vanyda (volume 1)

Commentaires

Dans le parc (post de printemps)

Puisqu’il paraît que c’est le printemps, je me suis rendue dans un parc pour observer les oiseaux moqueurs et les pétales rieurs de nos petites fleurs des champs urbains. Le banc était tout froid, la fesse gelée et la pluie est venue chantonner que c’est elle qui avait gagné la partie aujourd’hui.

2008-03-20 Dans le parc ; 2008-03-20 Bouquets

J’ai fini Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (To kill a mocking bird pour la version originale), de Harper Lee. En guise d’oiseaux, ça parle surtout d’humains, qui sont tout de même de drôles d’oiseaux… surtout lorsqu’ils sont vus à travers les yeux de l’enfance. Un grand livre très simple à lire, qui se passe dans l’Alabama des années trente, et qui monte aux arbres et écoute les conversations d’adulte en refusant de porter des robes (on reconnait là la grande sagesse des livres). Ce roman connut un grand retentissement à sa sortie en 1960, dans un pays en pleine lutte pour (ou contre) les droits civiques, comme on dit outre-atlantique.

Commentaires

One in cent (behind bars)

2008-02-04 Go To Jail

“En France, une nouvelle politique (dont peu de gens sont au courant) interdit aux journalistes, photographes, et cinéastes de filmer ou de photographier les détenus, hommes ou femmes, durant leur incarcération, même si ces derniers le désirent. Cela signifie que les personnes incarcérées, déchues du droit de témoigner à visage découvert, sont réduites à de simples statistiques, n’existent plus en tant qu’êtres humains. Cet abus de pouvoir renforce encore l’opacité de la prison, bafouant la prétendue “ouverture” actuelle, qui n’est qu’une vaste mascarade.” (Jane Evelyn Atwood, 2001, extrait de cet éditorial.)

Un homme noir sur 9, âgé de 20 à 34 ans, vit derrière les barreaux aux Etats-Unis. On peut facilement faire les comptes en marchant dans la rue : il suffit que je croise 8 hommes noirs âgés entre 20 et 34 ans, et paf, j’ajoute un 9e que je ne croiserai pas : il est en prison.

Hommes blancs âgés de 18 ans et plus : 1 sur 106 vit en prison
Hommes âgés de 18 ans et plus : 1 sur 54 vit en prison
Hommes hispaniques âgés de 18 ans et plus : 1 sur 36 vit en prison
Hommes noirs âgés de 18 ans et plus : 1 sur 15 vit en prison
Hommes noirs âgés de 20 à 34 ans : 1 sur 9 vit en prison

Rien de tel que de consulter directement le rapport, très synthétique, afin d’aller un peu plus loin que les chiffres spectacle (qui sont cependant une bonne invite).

Les médias s’en sont plus ou moins fait écho la semaine passée (radio, presse, internet ; télévision je ne sais pas). Je ne sais pas si cet écho est resté factuel ou s’il a pu être l’occasion d’analyses et de croisements. D’autant que ledit rapport y prédispose lorsqu’il passe au crible les coûts de ces détentions et qu’il pointe un moindre (voire inexistant) impact sur la (non-)récidive. A ce titre, l’actualité juridique et politique française tend des perches bien prometteuses aux journalistes.

Bien évidemment il n’est pas besoin d’une telle actualité pour s’intéresser à nos pratiques disciplinaires ou à notre population carcérale. Des rapports paraissent régulièrement. Des reportages témoignent et questionnent, sous des angles d’attaque variés. La prison, comme la guerre (post du 2 mars) ou l’économie, n’est pas qu’une affaire d’experts. J’en reviens toujours au même point. L’opacité est rarement une bonne chose.

Plus de personnes derrière les barreaux aux Etats-Unis qu’en Chine, voilà qui est intéressant. Voilà qui aide peut-être à maîtriser le taux de chômage parmi les couches sociales les plus sensibles. Voilà qui donne en tout cas de la main d’œuvre pas chère et constante.

L’an dernier, j’avais lu Trop de peines : femmes en prison, un grand ouvrage de photographies, pour les gens qui apprécient la photographie (et ce qui va avec). On peut y lire de longs témoignages de cette population, prisonnière ou surveillante, rencontrée au long de 9 ans de visites et de séjours dans centres pénitenciers européens ou américains. Cette publication est un exemple d’intégrité documentaire. Pour un aperçu, on trouvera sur ce site web quelques photographies ainsi que l’éditorial complet de l’auteur, cité en préambule, à l’occasion d’un rapport d’observation des conditions de détention, en 2001.

Ces quelques notes que j’avais prises durant ma lecture de Trop de peine. [Ces notes et citations ne remplacent en rien la lecture de l'ouvrage. Si leur publication porte une quelconque atteinte au droit d'auteur, je les retirerai aussitôt.]

♣ Méthode :
- Délits de droit commun (exclus : prisonnières politiques, terrorisme).
- En France : 12 établissements visités sur 2 ans. En Russie, 2 prisons => Décision d’élargir aux USA et à l’Europe (Ouest, Est). En tout : 9 ans, 9 pays, 40 prisons / maisons d’arrêt / centres de détention / centres pénitentiaires.
- Qui, d’où, comment vivent-elles ici.
- Contacts très longs à établir, longue bureaucratie, nombreux refus. USA : barrage de l’administration (peine de mort notamment).
- Visites. Pas d’intimité avec les détenues (présence d’un gardien, souvent. Porte ouverte). Des centaines de refus pour une qui accepte. Crainte des représailles, à l’extérieur, ou à l’intérieur (gardiens notamment). Honte. Peur.

♣ Majorité rencontrée :
- battues ou violées dans leur enfance par un homme de leur famille.
- 89% des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents (chèques sans provision, fausses cartes de crédit, stupéfiants) (USA)

♣ ” [E]crasées non seulement par l’ignorance, la pauvreté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque toutes les détenues, mais aussi par des années - quand ce n’est pas une vie entière - d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes. C’est pourquoi en prison les femmes sont plus fragiles que les hommes.” (p.12)

♣ Maternité.
- 80% des femmes incarcérées ont des enfants : elles leur transmettent les problèmes. Ex : Nebraska : presque toutes ont des parents qui avaient déjà fait de la prison
- USA : 20% des femmes arrivent enceintes en prison (accouchement menottés).

♣ “La question de la peine de mort se pose de façon plus cruciale encore au sujet des femmes, car c’est un fait bien connu que celles-ci ne tuent pas par hasard, qu’elles tuent rarement des inconnus. Presque toujours, une femme tue pour se protéger ou protéger ses enfants” (p.13).

♣ Il y a plus de surveillants hommes que femmes dans les quartiers de femmes. Pourquoi ?
- Et pourquoi quand des sévices sexuels sont constatés, on se contente de simples transferts de gardiens ? (rarement poursuites judiciaires).
- Et pourquoi l’unique alternative à l’incarcération traditionnelle, aux USA, est-elle conçue sur un modèle de régime militaire, fondé sur la violence ? (alors que 9/10 femmes crimes non violents).

♣ Les femmes ont moins de chance de s’en sortir une fois en prison que les hommes
- les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limitées et débilitantes. Pourquoi pas de vraie formation professionnelle en prison ?
- pas de soutien psychologique. Apprendre à éviter de s’attacher à des hommes qui leur font du mal (beaucoup de mauvais choix d’hommes)
- Privation la plus dure : les êtres aimés
- génération d’enfants grandis en foyer, sans leur parent (incarcéré).

♣USA
♣♣ Pour les mêmes délits, les peines des femmes sont en général plus longues que celles des hommes. Très mauvaise information juridique <=> les stratégies judiciaires proposées par les avocats sont souvent désastreuses (le plaider coupable coûte que coûte, même si la prévenue clame son innocence à son avocat, sous l’argument qu’il y aura remise de peine, or le plaidé coupable accable la femme le plus souvent).
♣♣ Depuis 1985, la population carcérale féminine augmente de 10,2% par an. (+6,1% par an pour les hommes). Conséquence de nouvelles lois anti-drogue et de la modification de la politique pénale. Est-ce nécessaire d’incarcérer pour délits de drogue ?

Une lecture fondamentale, bouleversante. Mais cela ne doit en rien effrayer, bien au contraire. Sinon, on peut toujours lire et relire Le Petit Prince, quoiqu’à la fin il faudra peut-être éviter les passages évoquant un certain serpent. Et puis parfois, ça fait du bien de varier ;-)

[Ben voilà, c'est mon plus long post. Mon blog prend un tour différent ces derniers jours...]

Commentaires

Super week-end

Il y a des jours comme ca

Il paraît qu’il faisait beau samedi, je n’ai pas pu vérifier. Il paraît qu’il faisait un temps pourri dimanche, pas vu non plus, je n’ai pas encore installé de fenêtre dans ma couette. J’étais rivée à mon lit, à m’endormir sur les pages de mes bandes dessinées, boire des tisanes naturelles qui brûlent le gosier pour mieux l’anesthésier, me lever ouvrir le frigo pour le refermer aussitôt : de toute façon, j’ai envie de rien. Et puis râler. J’ai beaucoup râlé, certes pas si longtemps, mais assurément intensément. Il faudra songer à distribuer la palme du Haut Mérite chez moi.

Bref, une parfaite illustration de mon week-end, d’après Killofer, (Quand faut y aller, paru chez l’Association).

[Edit mardi : en fait c'est une gastro. On se sent tellement mieux quand on peut enfin incriminer quelque chose. ]

Commentaires

Images de guerre

2008-03-01 Tetes militaires

Vendredi j’ai vu Redacted au cinéma. D’une très grande intelligence, ce film est simple et facile d’accès. Brian De Palma multiplie les points de vue en passant d’une caméra à l’autre. Il additionne les différents types d’images que l’on peut rencontrer ici et là : le camescope numérique d’un jeune militaire américain, le reportage européen sur un point de barrage filtré (checkpoint), la “vigilance” des caméras estampillées Press lors d’une manœuvre, les images des journaux télévisés iraquiens, les vidéos en streaming sur internet, la webcam de la famille américaine inquiète.

Pièce par pièce, un film se construit. Pièce par pièce, une guerre se construit dans l’esprit du spectateur. Je pense que c’est là le propos : la guerre, les grandes décisions nationales etc., ne restent qu’à l’état d’approximations irréelles que les grands décideurs confisquent au peuple (confiscation du droit de regard, du droit d’information, du droit de critique, d’évaluation, etc.) et que nous leur laissons gérer. Il s’agit de libération, de maintien de la démocratie, de manœuvres, de raids, de barrages filtrés - et de dommages collatéraux. En réalité il s’agit de jeunes gens (soldats) qui vivent sous une très forte pression, entre ennui et peur permanente. En face, des populations comme prises en otage, régulièrement fouillées, arrêtées, humiliées, tentent de poursuivre leur quotidien. Une “attaque” réelle, un “dérapage”, un “accident”, et tout s’emballe. Il s’agit alors de blessés, de morts, de traumatismes, bref de vies brisées et d’immenses souffrances dont aucune vision comptable ou politique ne peut rendre la réalité. Les images de blessés secouèrent l’Amérique pendant la guerre du Viêt Nam. En connaissance de cause certains purent se déclarer contre l’engagement militaire. Concernant l’Iraq, ou l’Afghanistan, point de telles images dans les grands médias, et pourtant, les images et les vidéos ne manquent pas. “Pour essayer de trouver des réponses, j’ai lu des blogs de soldats, des livres, j’ai regardé des films amateurs tournés par des soldats en vidéo pendant la guerre, j’ai surfé sur leurs sites, regardé leurs contributions sur YouTube. Tout y était et tout était en vidéo” (Brian de Palma, source : Allociné). Ce qui est fou, c’est que parfois un film (une fiction) apporte plus de réalité aux choses que tout ce que l’on peut savoir (ou avoir vu) par ailleurs.

A force de discours politiciens, on en vient à méconnaître ce qu’est une guerre. Tout engagement militaire est minimisé parce qu’on ne veut plus savoir ces choses-là et que l’on externalise tout. Après tout, il y a des gens qui choisissent sciemment ces dangereuses professions.

Le lundi précédent, je suis allée voir Cloverfield au cinéma, un bon film catastrophe à l’américaine efficacité, tourné lui aussi en caméra subjective (attention aux nausées). On ne saura rien de cette monstrueuse bête qui ravage Manhattan et bouffe du New Yorkais en apéritif mais on sera bien content quand l’armée intervient pour tenter de l’anéantir. L’externalisation, ça nous rassure. Je ne vais pas avoir à affronter Godzilla et ses araignées géantes, pensée qui m’est absolument insupportable. Ce n’est pas un hasard si l’on mise sur l’armée en période d’inquiétude. Le prix à payer est une certaine amnésie et un bandeau sur les yeux : certaines peurs sont tellement grandes (”terrorisme”, “civilisation”, “délinquance”, “incivilité” etc.) que l’on préfère s’abriter derrière d’officiels processus. Je me suis vraiment surprise à penser, en voyant les premiers chars débouler sur Manhattan : “ouf, heureusement parfois qu’il y a une armée”. Bref, un bon vieux sentiment de gratitude.

En sortant de Redacted j’ai repensé à Cloverfield. Nous ne devrions jamais nous laver les mains des intermédiaires que nous mettons en place pour suppléer à nos peurs indomptables. S’informer, écouter, voir les témoignages des différentes parties (soldats y compris) permettent de maintenir un pied dans la réalité des personnes directement concernées. Cette réalité est d’autant plus actuelle qu’il s’agit ces jours-ci de renforcer la “présence militaire” française en Afghanistan, sans aucun débat préalable, qui plus est, parmi les chambres représentatives de la population.

Le témoignage est quelque chose d’éminemment important parce qu’il restitue à la population le droit de regard, et qu’il replace la situation dans son vrai contexte (la vie, ben oui, c’est pas très original!). C’est d’ailleurs le sens, à son humble niveau, de La guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert. Ou encore sa série de Le photographe, en partenariat avec Médecins sans frontière. Dans La guerre d’Alan, un ancien vétéran américain de la seconde guerre mondiale confie ses souvenirs militaires à un jeune auteur de bande dessinée ; amitiés, anecdotes, petites choses de la vie. Parce que la vie continue, justement, et tout rupture (blessure, morts, etc.) se mesure à cette aune.

Dessins d’après La Guerre d’Alan, d’Emmanuel Guibert, paru chez l’Association.

Commentaires

Le royaume du Castor

D’après Le royaume du castor, de Maurice Blanchet

Je reviendrai sur cet ouvrage plus tard.

Commentaires

Oiseaux

D’après les dessins de Julien Norwood, Les oiseaux du Muséum : Voyages à travers les collections

Une minute plus tard, je m’effondrai sur l’oreiller. Je terminerai ce dessin un jour prochain, peut-être en ajoutant de la couleur.

Commentaires

Japon (vu par 17 artistes)

2008-02-20 un dieu

Aujourd’hui j’ai lu Japon - le Japon vu par 17 artistes (Casterman Ecritures, 2005).

J’y ai retrouvé des planches d’auteurs français et japonnais que j’aime beaucoup, comme Jiro Taniguchi, forcément, mais aussi Etienne Davodeau (Un homme est mort, Rural !, etc.), Emmanuel Guibert (La guerre d’Alan), Taiyo Matsumoto (Amer béton).

J’ai redécouvert la bizarrerie poétique de Nicolas de Crécy, dont je gardais jusqu’à présent un souvenir un peu sombre, sans doute dû à un feuilletage trop rapide de Journal d’un fantôme. Il semblerait que ces Nouveaux dieux soient d’ailleurs à l’origine de Journal d’un fantôme. Au lieu de fantôme, il s’agit d’une forme. Elle se balade dans les rues de Nagoya dans l’attente de son “manager”, venu s’imprégner de la meilleure culture graphique du monde afin de finaliser le logo d’un grand événement français. A terme, la forme devra avoir trouvé forme. Une jolie fable.

J’ai également beaucoup aimé la nouvelle de Fabrice Neaud, plus lumineuse peut-être que son Journal, en tout cas moins torturée. Une étape qui s’insère un peu comme une pause dans sa vie (/son oeuvre, puisqu’elle est autobiographique), les photographies de son amour impossible en poche.

“Il me parait difficile d’entretenir des rapports conflictuels enre personnes laissant leurs chaussures à l’huis des maisons…”

Quant à Davodeau, une belle histoire simple de frères et de caillou. Comme toujours avec lui, l’humanité est belle et pleine d’amour pour ce qui l’entoure, rochers compris ;-)

Commentaires

“C’est fini”

D’après Jirô Taniguchi, Le sommet des dieux, volume 2/5

Ca y est, j’ai terminé le second volume du Sommet des dieux. Je ne pensais pas m’intéresser autant à l’alpinisme, à l’exploit sportif ou au dépassement de soi (les deux sont exprimés dans cette longue saga en cinq volumes). Je rêve Grandes Jorasses, Everest, monts japonais. Quand je redescends sur terre, je pense au Mont-Blanc et à sa profonde majestuosité. Vivement les vacances que je retourne le regarder, de loin et pourtant si près !

Commentaires

L’homme de la Toundra

D’après Jirô Taniguchi, L’homme de la Toundra

Peut-être mon préféré de Taniguchi jusqu’à présent. L’homme de la toundra présente différentes nouvelles très représentatives du travail de ce célèbre mangaka : j’y retrouve tout ce que j’aime chez lui : l’amour des grands espaces, de la montagne aux abîmes maritimes, l’introspection de personnages touchants et terriblement humains, l’attrait de la nature, la simplicité. Côté timing, cette lecture fait écho au magnifique film Into the wild, de Sean Penn. D’ailleurs, ici aussi on y cotoie Jack London défiant les grandes neiges.

Commentaires

Dessins du 27 décembre 2007 (58)

Lectures - décembre 2007

2007-12-27

Commentaires

Navion - novembre 2007

D’après Tintin et le Sceptre d’Ottokar -

Je n’avais jamais réellement lu de Tintin. Petite, je trouvais les bulles trop bavardes et le découpage trop serré : quitte à lire du texte, j’aimais autant lire des “vrais livres avec plein de chapitres”et des mots compliqués qui expliquaient la vie de nos amis les bêtes. En revanche, l’adaptation télévisuelle était sympa. Ado, je n’y voyais plus que le tortionnaire d’animaux et le colon européen.

2007-11-27 Tintin - Avion 2007-11-27 Tintin - Personnages2

Récemment, je me suis retrouvée avec 4 volumes, et quelle ne fut pas ma surprise, j’ai trouvé ça chouette. Je trouve les histoires bien ficelées, sur un bon rythme de blagues et porteur d’un esprit de découverte très plaisant. C’est fou comme on peut prendre les choses en route…

D’autant qu’en ce moment, mon seul “contact” avec la série était la polémique dans le milieu du livre (et des bibliothèques) sur un faut-il censurer Tintin (au Congo, notamment) ? Mettre un bandeau noir “Lire Tintin peut nuir au bon développement moral de vos enfants”, etc. Une polémique intéressante car elle révèle les contradictions de notre époque, et souligne une fois encore le grand malaise de nos sociétés sur un passé pas toujours lisse. Et le grand impératif catégorique de l’éducation de nos jeunes. Cacher, masquer, lisser (la cigarette de Lucky Luke), réécrire… suivant les paradigmes d’une époque. Ca pose tout de même pas mal de questions. Mais qui cachera les gens dans la rue ? ah remarquez, certaines mauvaises langues disent que certaines lois y concourent déjà…

Commentaires (1)

Contraste Noir/Blanc (Black Hole)

A partir de deux dessins de Charles Burns, Black Hole (tome 1 et 2). Ce type de dessin est très particulier et semble même plutôt relever de la gravue ou de la carte à gratter. J’ai pas mal galéré, d’autant qu’au départ, j’étais partie avec des crayons plutôt secs. Il a fallu tout repasser au crayon gras… (et bien se salir les doigts). Finalement le dessin est plus fatigant encore pour les yeux que l’ordinateur !

2007-11-11 Black Hole : pied et bras

La BD est vraiment bonne. Un dessin très graphique et plutôt fascinant qui rend excellement bien la morbidité dont il est question : l’Amérique des ados qui trompent leur ennui dans les beer party et les expédiants, tandis qu’une nouvelle maladie sexuellement transmissible crée des monstres, “la Crève”. L’histoire est drôlement bien fichue, cadrée sur le puzzle des voix off des jeunes qui témoignent. Je ne peux pas m’empêcher de penser au premier tome du Swamp Thing d’Alan Moore, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être est-ce pour la monstruosité vue de l’intérieur…

Commentaires (1)